Douleur au poignet et au pouce : est-ce forcément une tendinite de De Quervain ?
Une douleur située sur le bord du poignet, du côté du pouce, fait souvent penser à une tendinite de De Quervain.
C'est effectivement une cause fréquente de douleur dans cette région. Elle concerne les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce, qui cheminent ensemble à proximité de la styloïde radiale.
Mais toutes les douleurs situées à la base du pouce ou sur le bord externe du poignet ne correspondent pas nécessairement à cette pathologie.
Cette région anatomique est relativement complexe. Elle comporte plusieurs tendons, des articulations, des ligaments et des structures nerveuses très proches les unes des autres. Des symptômes apparemment similaires peuvent donc avoir des origines différentes.
Identifier précisément la zone douloureuse, les mouvements qui déclenchent les symptômes et le contexte dans lequel la douleur est apparue constitue une première étape importante.
Comment se manifeste habituellement une tendinite de De Quervain ?
La tendinite de De Quervain provoque généralement une douleur assez localisée sur le bord externe du poignet, à proximité de la base du pouce.
La douleur est souvent augmentée lorsque le pouce est sollicité, notamment pendant les mouvements d'écartement ou d'extension, mais également lors de certains gestes de préhension.
Porter un objet, ouvrir un bocal, manipuler son téléphone, soulever un enfant ou réaliser certains gestes professionnels ou sportifs peuvent ainsi devenir douloureux.
La douleur peut également remonter légèrement dans l'avant-bras.
À la palpation, la région située autour de la styloïde radiale est souvent sensible.
Ces caractéristiques peuvent orienter vers une maladie de De Quervain, mais elles ne suffisent pas toujours à établir le diagnostic.
Une douleur provenant de l'articulation du pouce
Une autre cause fréquente de douleur dans cette région est l'articulation située à la base du pouce.
La rhizarthrose correspond à une arthrose de l'articulation trapézo-métacarpienne. Elle est particulièrement fréquente avec l'âge et peut provoquer une douleur lors de la préhension, du pincement entre le pouce et l'index ou de certains mouvements du pouce.
La localisation peut donc être relativement proche de celle d'une tendinite de De Quervain.
La différence réside notamment dans le fait que la douleur provient ici principalement de l'articulation et non des tendons.
Une radiographie peut être utile lorsque l'examen clinique fait suspecter une atteinte arthrosique.
D'autres tendons peuvent être responsables
Le poignet comporte de nombreux tendons regroupés dans différents compartiments.
Une douleur située sur son bord externe peut donc provenir d'une autre structure tendineuse que celles concernées par la maladie de De Quervain.
Il existe notamment des syndromes de croisement entre différents tendons de l'avant-bras. Le syndrome d'intersection, par exemple, peut provoquer une douleur située un peu plus haut que celle de la maladie de De Quervain, sur la face dorsale et externe de l'avant-bras.
Ce type de problème peut notamment apparaître après des mouvements répétitifs du poignet.
La localisation précise de la douleur devient alors particulièrement utile pour différencier les deux pathologies.
Une irritation nerveuse peut également donner une douleur près du pouce
La branche superficielle du nerf radial chemine elle aussi dans cette région.
Lorsqu'elle est irritée ou comprimée, elle peut provoquer des douleurs, mais également des sensations de brûlure, de fourmillement ou une modification de la sensibilité sur le bord externe de la main et autour du pouce.
On parle notamment de syndrome de Wartenberg lorsque cette branche sensitive du nerf radial est comprimée.
La présence de sensations électriques, de fourmillements ou d'une diminution de la sensibilité oriente davantage vers une origine nerveuse que vers une tendinite isolée.
Et si la douleur est apparue après une chute ?
Le contexte d'apparition de la douleur est essentiel.
Une douleur progressive apparue après une augmentation de l'activité ne s'interprète pas de la même manière qu'une douleur brutale survenue après une chute sur la main.
Après un traumatisme, il faut notamment éliminer une fracture.
Le scaphoïde, petit os situé du côté du pouce, mérite une attention particulière. Certaines fractures du scaphoïde peuvent initialement provoquer des symptômes relativement modérés et ne sont pas toujours immédiatement identifiées.
Une douleur persistante après une chute, notamment dans la région située à la base du pouce, justifie donc une évaluation médicale et éventuellement une imagerie.
Une atteinte ligamentaire du poignet peut également être responsable de douleurs persistantes après un traumatisme.
Dans ce contexte, la priorité n'est pas de travailler manuellement la zone avant d'avoir éliminé une lésion nécessitant une prise en charge spécifique.
L'origine peut-elle se situer plus haut dans le membre supérieur ?
Une douleur très localisée du poignet n'est pas nécessairement provoquée par une restriction située au niveau du coude ou de l'épaule.
Il faut éviter de faire ce raccourci.
En revanche, la manière dont le membre supérieur fonctionne dans son ensemble peut modifier les contraintes appliquées au poignet.
Les mouvements de pronation et de supination nécessitent une bonne coordination entre le radius et l'ulna. La membrane interosseuse participe également à la transmission des contraintes entre ces deux os.
Plus haut, le coude, l'épaule et l'omoplate permettent de positionner la main dans l'espace.
Une personne qui manque de mobilité ou de contrôle dans certaines de ces régions peut développer des stratégies de compensation et solliciter davantage son avant-bras ou son poignet lors de certaines activités.
C'est particulièrement intéressant chez les sportifs, les musiciens ou les personnes réalisant quotidiennement des gestes manuels répétitifs.
Quelle place pour l'examen ostéopathique ?
La première étape consiste donc à déterminer si la douleur correspond réellement à une tendinite de De Quervain.
Lorsque les symptômes sont compatibles avec une atteinte tendineuse mécanique et qu'aucun élément ne nécessite une exploration médicale préalable, l'examen ostéopathique peut s'intéresser à la zone douloureuse mais également au fonctionnement global du membre supérieur.
Localement, le travail peut porter sur la mobilité du poignet et des tissus de l'avant-bras, en respectant la sensibilité des tendons.
L'examen peut ensuite rechercher d'éventuelles restrictions au niveau du radius, de l'ulna, de la membrane interosseuse et du coude.
L'épaule, l'omoplate et la région cervico-scapulaire peuvent également être examinées lorsqu'elles semblent participer à la manière dont le patient utilise son membre supérieur.
L'objectif n'est pas de rechercher systématiquement une « cause à distance », mais de comprendre comment le poignet douloureux s'intègre dans le geste du patient.
Savoir également quand orienter
Toutes les douleurs du poignet ne relèvent évidemment pas d'une prise en charge ostéopathique isolée.
Une douleur importante après un traumatisme, une déformation, un gonflement marqué, une perte de force inhabituelle ou des troubles neurologiques nécessitent une évaluation médicale.
De même, lorsqu'une douleur persiste malgré l'adaptation des sollicitations et une prise en charge conservatrice, des examens complémentaires peuvent être utiles.
L'échographie permet notamment d'étudier les tendons et leurs gaines, tandis que la radiographie ou d'autres examens d'imagerie peuvent être indiqués lorsqu'une atteinte osseuse ou articulaire est suspectée.
L'intérêt du bilan est donc précisément de ne pas considérer automatiquement toute douleur du côté du pouce comme une tendinite de De Quervain.
Une fois l'origine de la douleur mieux identifiée, il devient possible de proposer une prise en charge réellement adaptée : médicale, rééducative, ostéopathique ou parfois associant plusieurs approches.